DES MOTS D’AMOUR POUR MON PÈRE: UNE GRACE ULTIME AVANT SON DÉPART

« Le Seigneur, l’Éternel, m’a donné une langue exercée, pour que je sache soutenir par la parole celui qui est abattu… » Ésaïe 50:4

Dans mon tout premier article de blog, celui sur l’histoire de ma conversion, j’avais évoqué la rancœur que j’ai longtemps nourrie envers certains membres de ma famille. L’une de ces personnes fut mon père à cause des traitements subis dans l’enfance et l’adolescence. J’ai traîné ces ressentiments pendant une vingtaine d’année. Mais lorsque je suis devenue enfant de Dieu, l’une des premières instructions du Seigneur a été de lui accorder mon pardon. Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain, mais c’est arrivé. Et au soir de sa vie, il y a exactement sept ans aujourd’hui, le Seigneur m’a en plus accordé la grâce d’avoir pour lui quelques mots empreints d’amour qui, je l’espère, auront conduit à la libération et surtout au salut.

Mon père était un homme assez dur et autoritaire. Pendant des années, je lui en voulais de n’avoir pas été tendre avec nous, de n’avoir pas rempli mon réservoir affectif comme un père aimant, je lui en voulais pour les paroles dures, la violence physique, les blessures infligées, de n’avoir pas protégé notre famille et toutes les difficultés qui s’en sont suivi. Chaque fois que je voyais un père aimant envers ses enfants ou une famille harmonieuse, cela me rappelait ce que j’avais manqué et dont j’avais intérieurement tant besoin. Lorsque, une fois convertie, Dieu m’a demandé de pardonner à mon père, la pilule fut difficile à avaler. Il y avait des moments où je voulais le faire, et d’autres où je rechutais en repensant au mal subi. Cela fut ainsi jusqu’à ce que j’étudie le livre de Jonas à l’École de la Bible de Jeunesse en Mission.

Le livre de Jonas a été un déclic pour moi. Il m’a fait comprendre que la grâce de Dieu est disponible pour tous, même pour ceux qui nous ont fait du tort. Dieu envoie Jonas à Ninive, capitale de l’Assyrie, pour appeler les habitants à la repentance. À ce moment, le peuple de Dieu souffrait énormément sous la domination de l’Assyrie. Cette idée de repentance de Ninive n’enchantait pas Jonas, c’est pourquoi il refusa la mission de Dieu et s’enfuit à Tarsis. Après avoir été avalé par un gros poisson, il accepta finalement la mission. Ninive se repentit, Jonas n’était guère content et Dieu lui fit cette leçon : « Et moi, n’aurais-je pas pitié de Ninive, la grande ville, dans laquelle se trouvent plus de cent vingt mille hommes QUI NE SAVENT PAS DISTINGUER LEUR DROITE DE LEUR GAUCHE, et des animaux en grand nombre !» (Jonas 4:11).

Cette leçon résonna fort en moi. Malgré la méchanceté de Ninive, le regard que Dieu posait sur elle c’était un regard compatissant envers des hommes qui agissent dans l’ignorance et qui ont besoin de la grâce de Dieu. Ce que j’ai compris, c’est que parfois les personnes nous font du mal parce qu’elles ont elles-mêmes un problème. Accepter cela change notre regard et nous pousse à la compassion, au pardon, et même à l’intercession. C’est ce qui s’est passé pour moi vis-à-vis de mon père.

J’avais finalement pris la décision de lui pardonner. Je m’étais libérée, j’avais commencé à prier pour lui le coeur léger et à me rapprocher. Au début de décembre 2018, il a eu une chute entraînant une hémorragie cérébrale et a passé deux semaines à l’hôpital. Nous nous sommes relayés à son chevet. Je vivais dans une autre ville, mais je m’y suis rendu pour un week-end. Pendant mon séjour, je reçus le message d’une sœur en Christ qui m’expliquait un songe qu’elle avait eu alors même qu’elle ignorait tout de la situation avec mon père et elle me recommanda de lui démontrer beaucoup d’amour. J’étais à la veille de mon retour et je ne savais comment cela se passerait étant donné que mon père avait perdu l’usage de la parole. Pendant que je priais cette nuit-là, le Seigneur me répondit avec Esaïe 50:4: Je t’ai donné une langue exercée pour que tu saches soutenir par la parole ton père qui est abattu.

Le lendemain matin, j’étais seule avec lui. J’ai ouvert ma bouche et Dieu y a mis des paroles adéquates. Je lui ai dit que je l’aimais, que le passé était derrière moi, derrière nous, que nous pouvions avoir de meilleurs jours devant nous. Je lui ai raconté comment Jésus-Christ avait changé ma vie et qu’il pouvait entrer dans la sienne et le guérir. Je lui ai proposé de prier en silence et de répéter dans son cœur les paroles que je dirai. J’ai prié pour lui, j’ai rendu grâce à Dieu et j’ai terminé avec un baiser. C’était la dernière fois que je le voyais vivant. Il est décédé la semaine suivante mais j’avais une tranquillité dans mon coeur car Dieu nous avait laissé du temps pour se glorifier.

Je crois que là où il y a le pardon, c’est Dieu qui triomphe. Il n’est pas tard pour offrir le pardon à ceux qui nous ont offensé, quoiqu’ils aient fait. Nous aussi avions offensé Dieu de différentes manières mais il a eu compassion de nous et nous a pardonnés. Il nous dit: « Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant réciproquement, comme Dieu vous a pardonné en Christ » (Ephésiens 4:32). Qu’il nous donne la force, la sagesse et les mots pour le faire.

Pour lire l’article sur ma conversion: https://passionneeduroyaume.com/2020/06/18/des-tenebres-a-son-royaume-de-lumiere-mon-histoire/